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Pas de sport le ventre vide


2 octobre 2007


- Pratique déconseillée pour la plupart des médecins
- Hypoglycémie, déshydratation, accidents cardio-vasculaires…

Beaucoup de gens se découvrent une passion pour le sport pendant le Ramadan. Les motivations sont nombreuses et justifiées : le plaisir et le bien-être, la santé, la perte de poids, la convivialité… Et il est bien connu que la pratique d’une activité physique régulière est bénéfique à tout âge et retarde le vieillissement. Elle freine la baisse de la masse musculaire, diminue les risques d’artériosclérose et maintient des contacts sociaux.

Mais se lancer inconsidérément sans encadrement et sans conseils médicaux, peut s’avérer dangereux. Et c’est encore plus le cas pour les jeûneurs qui passent subitement de la sédentarité à l’activité sportive, même modérée. La plupart des médecins déconseillent donc catégoriquement la pratique d’une activité sportive lorsque l’estomac est vide.
Mohamed Abbour, médecin du sport à Casablanca, est catégorique : « La pratique d’une activité sportive avant la rupture du jeûne est dangereuse pour la santé car il y a risque d’hypoglycémie, c’est-à-dire un manque de glucose dans le sang. » Pour un adulte, une hypoglycémie est une glycémie inférieure à 0,8 g par litre.

Une hypoglycémie peut provoquer des tremblements, des sueurs, un engourdissement des membres, des vertiges, des troubles de la vision, de la fatigue, des nausées, des vomissements, des palpitations cardiaques, des maux de tête, des troubles comportementaux et de vigilance. Lorsqu’elle est profonde et prolongée, elle peut entraîner la mort. Pour prévenir l’hypoglycémie, le sportif doit consommer des sucres lents plusieurs heures avant l’effort et avoir à sa disposition des sucres rapides pendant l’effort. En cas de crise, il est conseillé en effet de s’asseoir et d’absorber une barre chocolatée, des fruits secs, ou une boisson sucrée. Immédiatement, l’on se sent mieux et les symptômes disparaissent. Or, le jeûneur ne peut pas faire cela et risque, en cas d’effort intensif et prolongé, de se retrouver dans une situation très désagréable.
Mohamed Abbour met en garde également contre la déshydratation, provoquée par une absorption insuffisante d’eau ou la perte d’une quantité importante de fluide, qui n’est pas compensée.

Ainsi, le jeûneur qui pratique son activité sportive avant la rupture du jeûne est doublement menacé par la déshydratation, surtout en période de forte chaleur. Non seulement son organisme est en manque d’eau à cause du jeûne, mais, en plus, il transpire davantage, sans compenser ses pertes de fluides. Les signes de déshydratation chez l’adulte sont la soif, la baisse de la diurèse, une urine foncée et concentrée, une peau rouge et sèche, les yeux secs, la bouche sèche, la langue pâteuse, des maux de tête, des mains et des pieds moites, des vertiges, de la confusion et de l’irritabilité. Si elle se prolonge, la déshydratation peut provoquer un choc, voire entraîner la mort.
Lorsque l’on fait de l’exercice, il faut donc boire jusqu’à un litre d’eau par heure d’exercice, en plus de la consommation quotidienne normale (qui devrait être de 8 grands verres d’eau par jour), ce qui est impossible en période ramadanesque. Il ne faut pas mésestimer non plus les risques d’accidents cardio-vasculaires (collapsus par déshydratation, accident vasculaire cérébral ou dissection aortique lors d’un effort intense, infarctus, mort subite), ou traumatiques (tendinite, lombalgie, chute, fracture…). Par conséquent, il est conseillé de faire son sport deux ou trois heures après la rupture du jeûne. Seule condition à respecter : manger léger et équilibré au ftour et ne pas s’alourdir l’estomac avec des aliments trop gras ou trop sucrés.

D’après Ali El Kohen, spécialiste en médecine du sport à Casablanca, « il est important de commencer par manger des protéines en quantité suffisante (poissons, viandes, œufs…), puis ensuite de passer aux sucres lents (pâtes, blé…), sans oublier les légumes et fruits, qui contiennent des fibres et des vitamines. Une petite quantité d’acides gras sera très bénéfique pour l’organisme (un peu d’huile de colza ou d’huile d’olive) ».

Plus de 40 ans, attention !

Après 40 ans, la reprise d’une activité physique devrait être précédée par une visite chez un médecin du sport. Après la réalisation d’un certain nombre de tests et d’examens sur l’état cardio-vasculaire, neurologique, articulaire, et la qualité musculaire, le médecin aura une idée précise sur l’état de santé de son patient, ses capacités et ses limites. Il pourra alors le conseiller et l’orienter vers une activité sportive.

Mais certaines règles sont à suivre pour éviter tout danger, quels que soient l’âge, les niveaux d’entraînement et de performance ou les résultats d’un précédent bilan cardiologique :

- S’échauffer pendant 10 minutes avant de commencer le sport et prévoir une récupération progressive de 10 minutes en fin de séance ;
- Boire 3 à 4 gorgées d’eau toutes les 30 minutes d’exercice ;
- Eviter les activités intenses en cas de grand froid ou de forte chaleur ;
- Ne jamais fumer une heure avant ni deux heures après une pratique sportive ;
- Ne pas prendre de douche froide dans les 15 minutes qui suivent l’effort ;
- Ne jamais faire de sport intense en cas de fièvre, ni dans les 8 jours qui suivent un état grippal (fièvre + courbatures) ;
- Signaler à son médecin toute douleur anormale, malaise ou palpitation cardiaque survenant pendant ou juste après l’effort.

Baisse de performance

Le changement brusque qui accompagne le jeûne na va pas sans influencer la condition physique des sportifs, que les efforts soient réguliers ou occasionnels, intenses ou réduits. Pendant le jeûne, les performances physiques sont nettement diminuées. Cette baisse est plus nette au cours des deux premières semaines du Ramadan.
C’est en tout cas le résultat d’une enquête réalisée par la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan. C’est aussi l’avis d’un médecin du sport que nous avons interrogé à ce sujet, Mohamed Abbour. Ce dernier évoque des baisses de performance du sportif variant entre 30 et 40%. Totalement opposé à la pratique du sport en cours de journée pendant le Ramadan, il essaye de sensibiliser les enseignants et les moniteurs dans les clubs sportifs et les collèges pour les alerter sur les dangers du sport à jeun, et les inciter à décaler les séances d’entraînement.

Nadia BELKHAYAT

www.leconomiste.com



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